Le Parc national de la Guadeloupe a engagé en 2025 un stage expérimental consacré à la mise en place d’un protocole de régulation de la mangouste dans son cœur de parc. L’étude s’est déroulée sur 4 aires de pique-nique (APN) le long de la route de la Traversée : Petit Bras-David, Bras-David, Corossol et Écrevisse. Ces sites ont représenté un intérêt particulier pour leur forte activité humaine et la présence avérée de mangoustes.
L’objectif du stage a été multiple :
Étudier les techniques de régulation existantes réplicable sur la zone d’étude
Tester un protocole de régulation adapté à la réglementation spécifique du cœur de parc.
Améliorer les connaissances sur la fréquentation de ces sites par la faune exotique envahissante afin d’orienter les actions de gestion.
Protocole de régulation : piégeages mécanique et photographique
Une phase de piégeage mécanique a été menée sur une période de dix jours à l’aide de trente trois cages-pièges à une entrée disposées le long des axes de déplacement probables des mangoustes. Une attention particulière a été portée à leur implantation : sous couvert végétal, surfaces planes et à proximité immédiate des APN afin de limiter l’exposition à la chaleur, les risques de dégradation et la souffrance animale.
Les pièges étaient contrôlés quotidiennement, tôt le matin, pour réduire au maximum le temps de captivité. Les espèces non ciblées étaient immédiatement relâchées après identification. Les mangoustes capturées faisaient l’objet d’une mise à mort rapide et réglementaire, suivie de la collecte de données biométriques (sexe, masse, mensurations).
En parallèle, une campagne de piégeage photographique a été réalisé sur cinquante et un jours, dont vingt jours avant et après la capture mécanique. Dix pièges-photos ont été installés à faible hauteur, en lisière des aires de pique-nique, à l’interface entre milieux forestiers et espaces ouverts. Ce dispositif visait notamment à estimer un indice d’abondance relative des mangoustes et documenter la fréquentation des sites par d’autres espèces animales.
Au total, 1192 observations indépendantes ont été enregistrées par les pièges photographiques. La mangouste est l’espèce la plus fréquemment détectée (46% des observations), devant le rat noir (Rattus rattus, 33%) et le raton laveur/racoon (Procyon lotor, 13 %). Le reste des observations (8%) concerne l’avifaune, des animaux domestiques (chats et chien) et des passages humains. Ces résultats confirment que les aires de pique-nique constituent de véritables zones de convergence pour plusieurs espèces exotiques envahissantes dont les impacts s’additionnent.
Informer et sensibiliser
La mise en œuvre d’actions de capture et d’abattage en cœur de parc soulève légitimement des questions de compréhension et d’acceptabilité. C’est pourquoi une attention particulière a été portée à la sensibilisation du public, avec l’installation de panneaux d’information sur l’ensemble des sites concernés. Ces supports visaient à expliquer les objectifs des actions, signaler la présence des dispositifs et rappeler les comportements responsables à adopter.
Vers une gestion à plus long terme
La campagne de capture a permis l’élimination de 110 individus, dont 99 mangoustes et 11 rats. Ces chiffres témoignent d’une activité réelle des dispositifs, mais ont également mis en évidence plusieurs limites du protocole initial. En effet, des dysfonctionnements ont pu être observés : pièges refermés sans capture, disparition d’appâts ou mangoustes partiellement sorties des cages. Ces situations peuvent s’expliquer par des échappements après déclenchement, des prises d’appât sans activation du mécanisme ou encore des interactions avec d’autres espèces. Ces résultats ont conduit à plusieurs recommandations concrètes dans l’ajustement du protocole initial comme :
L’utilisation de cages plus grand format pour limiter les échappements post-capture
Le positionnement des pièges photos en vis-à-vis direct des cages afin d’analyser les déclenchements sans capture.
La réalisation de ce stage a ainsi confirmé la pertinence du protocole engagé, tout en montrant qu’il reste insuffisant, en l’état, pour atteindre une diminution drastique des populations ciblées sur le long terme. La poursuite des campagnes devra s’inscrire dans une approche intégrée et durable incluant régulation de Urva auropunctata, Rattus rattus et Procyon lotor afin de réduire leurs impacts cumulés et ainsi d’améliorer l’état de conservation des espèces protégées et/ou patrimoniales au sein du cœur de Parc.
